Ouvrière textile, syndicaliste et résistante française d'origine polonaise

Née le 11 avril 1924 à Paris dans le 12e arrondissement, décédée le 4 mai 2020 à Montreuil, à l'âge de 96 ans.
Froim Szlifke et Jenta Przepiorka, les parents de Paulette Szlifke-Sarcey, quittent leur Pologne natale en raison de l’antisémitisme qui y sévit et des activités militantes au sein du Parti communiste de Froim, qui lui ont valu un séjour en prison. Le couple arrive à Paris en 1923, Paulette (Paula sur son acte de naissance) vient au monde un an plus tard.
La famille est politisée et Paulette, dès l’enfance, participe aux activités de la MOI (Main d’œuvre immigrée), organisation créée par le Parti communiste dans les années 1920 qui rassemble les militants et militantes communistes étrangers immigrés sur le sol français.
Et si, à la déclaration de la guerre, en 1939, Paulette Szlifke n’a que quinze ans, sa conscience politique est aiguë ; elle est, en particulier, très au courant de ce que les nazis font subir aux Juifs et Juives en Allemagne et en Autriche. Après la signature de l’Armistice avec l’Allemagne par le maréchal Pétain, elle n’hésite pas une seconde quand une amie lui demande si elle veut « faire quelque chose contre l’occupant ». Elle est contactée par un certain Henri Krasucki, futur grand syndicaliste, qui va devenir son compagnon. Sa première tâche consiste à convaincre ses ami·es de rejoindre le groupe. Elle enrôle ainsi, entre autres, Marcel Rayman, futur membre du groupe Manouchian. Un réseau de jeunes filles et jeunes hommes qui ont entre 16 et 17 ans se constitue et se réunit sous la houlette d’Henri Krasucki. Leurs premières actions consistent à remonter le moral de la population et la sensibiliser à l’idée de Résistance, par le biais de tracts et inscriptions sur les murs, telles que « Ne perdez pas courage ! » , « Les allemands nous prennent tout, il faut qu’on réagisse ! ».
Peu à peu le groupe s’agrandit et s’organise, Paulette devient responsable des outils de propagandes (mini imprimerie, ronéo), s’occupe de la distribution et de la récupération des tracts, mais elle collecte aussi des fonds auprès de potentiels sympathisants pour alimenter l’organisation clandestine Solidarité qui vient en aide aux Juifs et Juives arrêté·es et à leur famille.
En 1942, Paulette Szlifke entre dans la clandestinité et prend le pseudonyme de Martine. Henri Krasucki et elle vivent maintenant ensemble dans une chambre de bonne et assurent les recrutements de jeunes résistants et résistantes. Paulette est également l’agente de liaison d’Henri, elle transmet les messages et le matériel nécessaires aux sabotages que Krasucki organise.
Le 29 mai 1942, une ordonnance allemande impose aux Juifs et aux Juives le port de l’étoile jaune, Paulette Szlifke refuse de se soumettre à cette mesure stigmatisante.
Le 23 mars 1943, suite à une longue traque des Brigades spéciales françaises et une dénonciation, Paulette et Henri sont arrêtés et soumis à des interrogatoires brutaux. Ni l’une, ni l’autre ne parle.
Paulette a été si durement torturée qu’elle est conduite à l’hôpital Rothschild où, pour la garder plus longtemps, les docteurs Lobelsohn et Weismann lui font subir une appendicectomie de complaisance. Mais le 18 mai, la police allemande vient la récupérer et elle est transférée à Drancy avant d’être déportée le 23 juin 1943 à Auschwitz-Birkenau par le convoi 55, avec Henri Krasucki et sa mère Léa.
Tous trois échappent à la sélection, qui dès l’arrivée condamne à la chambre à gaz, et sont affectés à des commandos de travail qui esclavagise leur force de travail. Les hommes et les femmes sont séparés. Paulette Szlifke-Sarcey ne quittera pas Léa et toutes deux vont se soutenir indéfectiblement.
À l’intérieur du camp, Paulette entre en contact avec le Comité clandestin international de résistance qui s’y est organisé et devient l’agente de liaison de Marie-Claude Vaillant-Couturier, chacun et chacune à son niveau mènant des actions de sabotage et d’entraide.
Paulette se lie d’amitié avec Mala Zimetbaum qui réussit à s’évader, mais sera rattrapée et pendue après avoir tenu tête une ultime fois aux SS d’Auschwitz-Birkenau.
Le 18 janvier 1945, elle est entraînée, avec Léa, très diminuée, dans les effroyables marches dites de la mort jusqu’au camp de Ravensbrück où elle retrouve Marie-Claude Vaillant-Couturier qui va prendre soin de Léa.
Le 22 mai 1945, après un long périple, elle arrive enfin à Paris où elle retrouve ses parents et son frère qui, cachés, ont survécu.
Dès qu’elle le peut avec une énergie extraordinaire, Paulette Szlifke-Sarcey reprend ses activités militantes.
Ses relations avec Henri Krasucki sont désormais amicales, elle épouse Max Swiczarczyk, lui aussi résistant, ils font franciser leur nom en Sarcey et vivent trois ans aux USA.
À son retour en France, Paulette Szlifke-Sarcey s’engage notamment comme permanente dans l’Amicale des anciens déportés juifs de France.
Toute sa vie, elle témoigne de son expérience concentrationnaire et, en 2015, aidée de Karen Taieb, elle fait paraître son témoignage, Paula, survivre obstinément, qui se conclut par ses mots :
« Quand je vois ce qui se passe ailleurs dans le monde, ou ici tout près de nous, je ne peux m’empêcher d’être inquiète pour l’avenir. »
Elle a été décorée de l’ordre de la Légion d’honneur, de la médaille militaire et de la croix de guerre avec palmes.




