Marie-Claude Vaillant-Couturier

Photo-reporter, femme politique et résistante française

© Regards (1946)
© Regards (1946)

Née le 3 novembre 1912 à Paris et décédée le 11 novembre 1996 à Paris, à l’âge de 84 ans.


Marie-Claude Vaillant-Couturier naît, Marie-Claude Vogel en 1912 à Paris dans un milieu à la fois bourgeois, libéral et artiste. Sa famille protestante est proche des idées socialistes. Son père, Lucien Vogel, éditeur, crée la Gazette du bon ton, puis le magazine Vu. Sa mère, Cosette de Brunhoff est la première rédactrice en chef de l'édition française de Vogue. En 1933, deux mois après l'arrivée d'Hitler au pouvoir, Marie-Claude Vogel participe - en tant que photographe et germaniste - à une enquête en Allemagne sur la montée du national-socialisme. Elle réalise clandestinement les clichés des camps d'Orienbourg et de Dachau, publiés dans Vu à son retour en France, mais non signés. On la surnomme  « la dame au Rolleflex".

En 1932, elle rencontre Paul Vaillant-Couturier, député communiste, grand reporter et rédacteur en chef à l'Humanité, alors marié à l'historienne et journaliste  américaine Ida Treat et de 20 ans son aîné. Ils vivent ensemble à partir de 1934 et se marieront en septembre 1937. Marie-Claude Vogel qui signe Marivo, devint membre de la section photographique de l’AEAR, elle travaille pour l'Humanité et le magazine communiste Regards. En février 1934, elle adhère aux Jeunesses communistes.

Paul Vaillant-Couturier meurt brutalement le 10 octobre 1937 (infarctus ou crise hépatique  selon les diagnostics). Marie-Claude Vailland-Couturier poursuit sa carrière de reporter-photographe à l’Humanité, et participe aux côtés de Danielle Casanova à la direction du mouvement des Jeunes filles de France (UJFF). En 1938-39, elle fait un séjour de six mois en URSS. Elle est séduite par l’éducation que le régime apporte, selon elle, aux classes populaires. Elle se devient responsable du service photographique de l’Humanité jusqu’à son interdiction en septembre 39. 

Elle s’engage dans la Résistance (groupe Politzer) dès 40, participe à des publications clandestines et assure la liaison entre résistance civile (Comité des Intellectuels du Front National de lutte pour l'Indépendance de la France) et militaire (OS, plus tard FTPF). 

Arrêtée par la police de Vichy le 2 Février 1944 elle est placée au secret à la Santé, transférée au Fort de Romainville avant sa déportation à Auswchwitz –Birkenau, en janvier 43 par le convoi dit des 31000. Ce convoi de 230 femmes, résistantes, communistes, gaullistes, épouses de résistants, s'illustre en entonnant la Marseillaise en franchissant l'entrée du camp de Birkenau. Transférée à Ravensbrück le 2 août 1944, elle revient en France le 25 juin 1945. Après le départ des nazis le 28 avril, Marie-Claude Vaillant-Couturier et Adélaïde Hautval médecin déportée, se chargent d'administrer le camp. Elles y restent après sa libération le 30 avril 1945 jusqu'à l’évacuation de tous les malades français.« Chaque jour, cette magnifique Française parcourt les blocs, relève les courages, donne de l'espoir qui n'est souvent que de l'illusion. Le mot de sainteté vient à l'esprit quand on voit cette grande sœur de charité auprès de ces hommes et ces femmes qui meurent chaque jour »(Le Monde 16/06/45)

Son attitude dans les camps de concentration et son nom firent d’elle une personnalité communiste. Cooptée à l’Assemblée consultative, Marie-Claude Vaillant-Couturier est élue en novembre 1945 à l’Assemblée constituante et réélue ensuite, durant les trois législatures de la IVe République, puis à nouveau, en 1962 et en 1967.

 Elle témoigne en 1946 au procès de Nuremberg. «En racontant les souffrances de ceux qui ne pouvaient plus parler, j'avais le sentiment que, par ma bouche, ceux qu'ils avaient torturés, exterminés, accusaient leurs bourreau ». Mais elle revient de ce procès « choquée, inquiète », déplorant l’absence, parmi les accusés, des dirigeants d’IG Farben, Krupp, Siemens, firmes qui ont participé à l’exploitation économique des déportés. Elle soulignera plus tard combien la définition du crime contre l'humanité était « un progrès pour la conscience humaine ». 

 

Vice-présidente de la Chambre, elle plaide en décembre 64 pour un amendement renforçant la proposition de loi sur «l’imprescriptibilité du génocide et des crimes contre l’Humanité». Elle y défend aussi les droits des femmes (protection salariées enceintes, réforme des régimes matrimoniaux, assouplissement de la législation sur l’adoption, égalité des salaires).

En 1987, elle est appelée par toutes les parties civiles à témoigner contre Klaus Barbie. Elle est présidente, puis présidente d'honneur de la Fondation pour la mémoire de la Déportation.

 

 

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Magazine Vu, mai 1933  dont Marie-Claude a réalisé les photographies sans les signer.