Maïe Politzer

Sage femme,  militante et résistante française

Née le 15 août 1905 à Biarritz, décédée le 6 mars 1943 à Auschwitz, à l’âge  de 37 ans.


Marie Politzer est née Marie Larcade, elle est connue sous le nom de « Maï ou Maïe », mariée à Georges Politzer, philosophe français d'origine hongroise.

Sa famille est très catholique, le curé est un ami de la famille et le directeur de conscience de Maïe. Elle est élevée dans un couvent. Jeune, Marie Politzer est passionnée par le théâtre et met en scène des pièces avec ses amies. Après avoir fait ses études secondaires à Biarritz, elle suit une formation de sténo-dactylo à Bayonne, fait des études de commerce, puis elle part à Paris pour entrer dans une école de sage-femme. Elle est diplômée de la Pitié-Salpétrière en 1929 et ses parents lui donnent leurs économies pour acheter une clinique.

Elle rencontre Georges Politzer, son futur mari, dans un train pour Biarritz, durant l'été 1929. Il divorce pour l'épouser le 5 mars 1931. Elle partage ses idéaux communistes et adhère au Parti communiste, où elle se lie  d'amitié entre autres, avec Danielle Casanova, Hélène Solomon-Langevin, Marie-Claude Vaillant-Couturier et Charlotte Delbo. 

Elle entre en clandestinité durant l'Occupation, dès août 1940, après avoir confié son fils de sept ans, Michel, à ses parents. Georges écrit des articles pour des journaux de résistants. Elle prend en charge le transport des textes aux imprimeries clandestines. Blonde, elle se teint en brune pour ne pas être reconnue.

Hélène Solomon-Langevin, son mari Jacques Solomon, Georges et Maïe Politzer fondent le journal clandestin L'Université libre.

Maïe et Georges Politzer sont arrêtés à leur domicile clandestin dans le 18e arrondissement de Paris le 14 février 1942 par les brigades spéciales. Elle reste au dépôt jusqu'au 23 mars, puis est détenue au secret à la prison de la Santé où elle voit une dernière fois son mari avant qu'il soit fusillé le 23 mai 1942. Elle est transférée au Fort de Romainville en août 1942 puis à Auschwitz par le convoi du 24 janvier 1943, convoi qui déportent entre autres des résistantes françaises, la plupart non juives et en majorité communistes. Danielle Casanova, arrivée par le même convoi qu'elle, et qui a pris la fonction de dentiste au camp, parvient à lui trouver un poste de médecin au revier du camp (dans le langage des camps de concentration nazis, c’est un baraquement destiné aux prisonnier.es maladeslieu infect où les malades pourrissent sur trois étages) bien qu'elle soit sage-femme. Les conditions sont difficiles, mais un peu moins mauvaises que dans le reste du camp : les médecins n'ont pas à subir d'appel, sont abrités du froid et mangent correctement. Elle y meurt du typhus le 6 mars 1943.

 

De la prison de la Santé en 1942 elle parvient à faire passer une lettre à ses parent :

"J’ai pour mon compte été particulièrement ennuyée par les sauvages. J’ai été gardée seule en cellule à la Santé, sans livre, sans colis, sans promenade, pendant cinq mois. Après la mort de Georges on m’a mise un mois avec une femme de droit commun puis on m’a remise seule. Pour des riens on me punissait. J’ai été privée de soupe trois fois, pour cinq jours chaque fois. J’ai été en même temps privée de lit chaque fois pendant cinq jours. Puis envoyée deux fois au cachot; le cachot est une toute petite pièce absolument noire, sans fenêtre aucune et totalement nue, sans paillasse sans couverture et avec des souris. J’ai très bien supporté tout cela, mais le manque d’air faisait qu’on me trouvait presque chaque matin évanouie. Le docteur m’a enfin examinée et m’a dit que j’ai quelque chose au poumon, mais ce doit être pour me faire parler qu’il m’a dit cela, car il a ajouté, si vous parliez je pourrai faire quelque chose pour vous. À la Santé j’ai eu une crise de foie et une autre ici. Ici cela m’a valu qu’on me donne un régime, au lieu de l’horrible soupe aux choux, on me fait des légumes. Le soir nous n’avons qu’un sixième ou un cinquième de boule de pain suivant les jours, et une cuillerée de confiture. On crève de faim, mais n’envoyez rien pour le moment car le secret n’étant pas levé, nous ne recevons absolument rien des familles. »

 

Michel Politzer a rendu hommage à ses parents dans une très belle enquête, qui malgré son titre Les trois vies de Georges Politzer, parle aussi abondamment de Maïe.

 

 

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Photo anthropométrique de Maïe Politzer prise le 16 février 1942 par le service de l’identité judiciaire. © Archives de la Préfecture de Police (APP), Paris.


 

Numéros du journal clandestin de L'Université libre du 28 décembre 1940 et du 15 avril 1941 © Gallica-Bnf