Margot Duhalde

Aviatrice et résistante chilienne d'origine française

Née le 12 décembre 1920 à Rio Bueno au Chili, décédée le 5 février 2018 à Santiago du Chili, à l’âge de 97 ans.


Seule aviatrice des Forces Françaises Libres durant la Seconde Guerre mondiale.

 

Margot Duhalde Sotomayor (1920-2018) est chilienne d’origine française. Elle est issue d’une famille paysanne aux racines basques. À peine âgée de 16 ans, elle parvient à convaincre ses parents de la laisser partir à Santiago, capitale du Chili où la famille vit, afin d’apprendre à voler … quitte à mentir sur son âge. « Aussi longtemps que je me souvienne j’ai toujours voulu voler » dira-t-elle en 2017 à l’Agence France Presse.

Les instructeurs refusent de l’instruire mais elle rencontre César Copetta, devenu en 1910 le premier homme à voler au Chili qui va la former. À 18 ans, elle obtient son brevet de pilote de tourisme. À 20 ans, avec moins de 50 heures de vol à son actif, elle s’inscrit au consulat de la France Libre, puis au comité gaulliste et elle se fait engager comme sergent pilote par le consulat en cachant son astigmatisme. Elle se rend à Buenos Aires et embarque pour l’Angleterre. Mais une fois sur place elle ne peut pas voler : barrière de la langue, différences culturelles, machisme. Elle doit se contenter d’abord d’un rôle d’infirmière et d’aide mécanicienne. 

Grâce à un pilote français elle rejoint l’Air Transport Auxiliary, organisation qui assure les transports des avions entre les usines et les aérodromes, dont le célèbre Spitfire. 

Margot Duhalde raconte : «notre mission était de dégager les usines le plus vite possible pour que les Allemands ne les bombardent pas. En une journée nous pouvions piloter cinq sortes d’avions différents. Ces «ferry pilotes» recevaient une formation théorique sur les avions à convoyer, qu’ils/elles devaient ensuite piloter en s’appuyant uniquement sur un manuel ». 

En août 1941, elle devient la première femme engagée comme pilote dans Les forces aériennes de la France Libre (matricule 30 819 bis). Elle convoie des centaines d’avions des usines où ils sont fabriqués aux différentes bases où ils seront utilisés.

« Les hommes disaient toujours que les femmes n’allaient pas être capables de piloter les avions, mais ils devaient ravaler leur fierté, parce qu’en réalité nous volions aussi bien qu’eux ! »* se souvient-elle.

 

La revue historique Femmes et pilotes militaires dans l’Armée de l’Air rapporte que Margot Duhalde, surnommée « Chile » (Chili) a convoyé plus de 1300 appareils jusqu’en 1945 : chasseurs, bombardiers, avions de transports, avions  d’instruction. 

Volant à l’aveugle, sans radar, les pilotes devaient éviter les énormes ballons placées par l’armée anglaise à 5000 pieds d’altitude au-dessus des villes et des installations militaires pour gêner les avions allemands. Les accidents étaient fréquents. Margot Duhalde a survécu à une dizaine d’accidents.

Dans son ouvrage « Elles ont suivi de Gaulle, Histoire du Corps des Volontaires françaises », Sébastien Albertelli rappelle que les femmes qui gagnent l’Angleterre et rallient la France Libre incorporent le CVF (Corps des Volontaires Françaises), mais de seulement de façon très exceptionnelle les FFL (les forces armées ralliées à la France Libre). Il évoque le cas exceptionnel de Margot Duhalde, seule femme engagée comme pilote dans les forces aériennes françaises libres en Août 41 et ajoute qu’elle sera suivie par les ambulancières Edith Audu et Antoinette Le Ber, ainsi que l’infirmière Françoise Nadaud.

Notons que Maryse Bastié et Andrée Dupeyron avaient rejoint le Corps des pilotes femmes de l'Armée française en 1939, dissout en 1940 après l'Armistice, le gouvernement de Vichy de pouvant tolérer des femmes aux sein de son armée. Maryse Bastié et Andrée Peyron s'engagent dans la Résistance et rejoindrons les Forces Françaises Libres, comme pilotes en 1944, les Forces aériennes françaises libres ayant été dissoutes à ce moment-là.

 

En 1946 Margot Duhalde est nommée Chevalier de la Légion d’honneur, puis Commandeur en 2007. Elle est décorée de la Croix de Guerre et de la médaille de la Résistance.

Après la guerre, elle rentre au Chili où elle est ouvre sa propre école de pilotage. Elle fut instructrice et contrôleuse aérienne jusqu’à 81 ans. Première contrôleuse aérienne et première pilote de ligne du Chili, elle reçue le grade honorifique de colonel de l’Armée de l’Air chilienne. Elle meurt à 97 ans à Santiago du Chili.

On sait peu de choses sur sa vie privée, qu’elle a menée discrètement, si ce n’est qu’elle a eu un enfant.  

Margot Duhalde est restée une figure emblématique, célébrée pour son courage, sa détermination et son rôle dans l’ouverture des portes de l’aviation aux femmes.

 

* Margot Duhalde dans Interview AFP, 2017

 

 Article rédigé par Danièle Soubeyrand

 


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