Andrée Viollis

Journaliste, écrivaine et résistante française

© L'Humanité, 1938
© L'Humanité, 1938

Née le 9 décembre 1870 aux Mées (Alpes-de-Haute-Provence), décédée le 10 août 1950 à Paris, à l'âge de 79 ans.


Andrée Claudius-Jacquet de la Verryere est issue d’un milieu social cultivé et progressiste de la Belle Epoque, favorable à l’émancipation des femmes. Elle décroche son baccalauréat en 1890 et passe trois ans en Angleterre en tant que préceptrice, tout en suivant des cours à Oxford. De retour en France elle obtient une licence de lettres à la Sorbonne et fait son entrée dans les milieux intellectuels

parisiens. Sa première grande collaboration en tant que journaliste se fait avec La Fronde, premier journal féministe généraliste fondée par Marguerite Durand. Dans ses colonnes elle prend la défense de Dreyfus, milite en faveur de l’émancipation des femmes et des droits de la mère et sera plusieurs fois envoyée spéciale à Londres.

Elle épouse en 1895 Gustave Téry, professeur de philosophie et journaliste, mais parvient à gagner sa vie sans dépendre de lui. Il est le père de ses deux premières filles, dont l’une, Simone Téry, suivra les traces de sa mère en devenant reporter à L’Humanité. Quatre ans après son divorce, elle se remarie en 1905 avec Henri d’Ardenne de Tizac, écrivain et historien d’art chinois, dit Jean Viollis, avec qui elle aura deux autres filles. Elle adopte ce pseudonyme et collabore avec son mari à des chroniques politiques et littéraires. En 1913 elle publie son unique roman, Criquet, qui obtient quelques voix au Prix Goncourt ; c’est la première fois pour une œuvre littéraire écrite par une femme.

La Première Guerre mondiale marque un tournant dans la vie personnelle et professionnelle d’Andrée Viollis. Elle s’engage pour la Croix Rouge comme infirmière sur le front des Ardennes et décrit ce qu’elle y voit au Petit Parisien, ainsi qu’au Times et au Daily Mail. Quelques mois avant l’armistice, elle est accréditée «envoyée spéciale » au Petit Parisien, le plus grand quotidien français de l’époque, qui tire à 1,5 millions d’exemplaires. Durant les années 1920 elle a l’occasion d’approfondir la pratique de son métier et publie interviews, portraits, enquêtes, correspondances et reportages. Nouvelle preuve de sa reconnaissance par ses pairs : en 1924, elle est élue membre du comité directeur du Syndicat des Journalistes sans même avoir posé de candidature. Et encore une fois, elle est la

seule femme.

En 1926 Andrée Viollis part trois mois en Russie pour y réaliser sa première grande enquête au long cours. C’est le départ de sa carrière de grande reporter qui la mènera essentiellement en Asie dans la première moitié des années 1930 : d’abord l’Afghanistan en pleine guerre civile, puis l’Inde pour tenter d’y comprendre la Résistance passive menée par Gandhi. De retour en France et après quelques reportages en Europe du nord elle est sollicitée par Paul Reynaud, alors ministre des Colonies, pour faire partie d’un voyage diplomatique en Indochine, agitée par des mouvements indépendantistes. Elle y reste encore un mois après le départ de la délégation et rapporte des notes accablantes sur la façon dont l’administration française traite le peuple indochinois, publiées quatre ans plus tard dans un ouvrage qui fera date : Indochine SOS (ed. Gallimard, préface d’André Malraux). Elle se rend ensuite en Chine, attaquée par les Japonais, puis au Japon, pour y décrypter la politique impérialiste. Durant ces années passées en Extrême Orient, elle a de nombreuses fois risqué sa vie pour pouvoir dénoncer les méfaits du colonialisme et du nationalisme.

Les conditions internationales se détériorant dans la seconde moitié des années 1930, l’engagement politique et intellectuel d’Andrée Viollis s’intensifie ; elle appose sa signature plébiscitée sur de nombreux manifestes antifascistes. Son travail de reporter se recentre alors davantage sur l’Europe en crise, menacée par la montée du nazisme et la guerre. Se rapprochant de plus en plus du Parti communiste français, elle rejoint le comité directeur de Vendredi, hebdomadaire soutenant l’union des gauches, et travaille pour Ce Soir, quotidien de tendance communiste. La guerre civile espagnole est une période importante dans la vie d’Andrée Viollis. La journaliste, alors âgée de plus de 65 ans, y fera de nombreux reportages, n’hésitant pas à prendre parti en faveur des Républicains et à critiquer la politique de non-intervention des démocraties européennes.

Au fil des années 1920 et 1930, Andrée Viollis, à l’instar de son confrère Albert Londres, devient l’une des grandes figures de la littérature du reportage et reçoit plusieurs prix pour son travail. Ses câbles sont envoyés au Petit Parisien qui annonce ses articles de la veille pour le lendemain, et ses grands reportages sont édités en volumes (voir si contre).

Pendant la Seconde guerre mondiale elle rejoint Lyon puis Dieulefit, petit bourg isolé de la Drôme qui fut à la fois un refuge pour les intellectuel.le.s et un centre de Résistance active. Andrée Viollis participe à la lutte avec son arme, la plume, en rédigeant sous l’anonymat des articles pour la presse clandestine, et notamment une brochure sur le racisme hitlérien. À la Libération, elle retrouve sa place de grand reporter dans des journaux communistes comme L’Humanité, Regards et Ce Soir.

Elle est envoyée aux États-Unis pour la conférence de San Francisco et passe par le Mexique avant de réaliser son ultime grand reportage en Afrique du Sud. Jusqu’à sa mort le 10 août 1950 elle continue à écrire tout en soutenant les mouvements pour la paix et le féminisme.

Andrée Viollis s’éteint à l’âge de 79 ans au terme d’une vie palpitante et pour le moins singulière. Celle qui enfant rêvait d’être marin, n’aura cessé de parcourir le monde dans un même désir de compréhension et de vérité. Dans la presse on s’accorde pour saluer avec respect le départ de cette « petite dame » (elle mesurait moins d'1,60 m)  au regard curieux et lucide, modèle de conscience civique et de courage professionnel.

 

Article d'Alice-Anne Jeandel

 

Alice-Anne Jeandel vit à Grenoble et travaille à l’Observatoire des politiques culturelles, organisme national dédié aux professionnel.le.s du secteur artistique et culturel, en tant que responsable du pôle Formations. Dans le cadre d’un Master en Histoire contemporaine à l’Université de Rennes 2, elle a réalisé un mémoire qui a donné lieu à une publication : Andrée Viollis, une femme grand reporter, une écriture de l’événement, L’Harmattan, 2006.

 

En savoir +

"La guerre et le fascisme sont les pires ennemis des femmes : la première leur tue leurs enfants, le second, en les privant du droit au travail, leur enlève indépendance et dignité, les ramène au temps de l'esclavage."

 

Andrée Viollis, 1934

Compte rendu des travaux du 

Congres mondial des femmes contre la guerre et le fascisme 

 

A lire

Publications d'Andrée Viollis

 

Grands reportages

Seule en Russie

Paris, Gallimard, 1927, 333p.

Alsace et Lorraine au-dessus des passions

Paris, Neuchâtel, Attinger, 1928, 240p.

Tourmente sur l’Afghanistan, Paris, Valois, 1930, 240p. (Réédité par L’Harmattan, en 2003)

L’Inde contre les Anglais

Paris, Éditions des Portiques, 1930, 271p.

Changhai et le destin de la Chine

Paris, Corrêa, 1933, 259p.

Le Japon et son Empire

Paris, Grasset, 1933, 266p.

Le Japon intime

Paris, Aubier, 1934, 253p.

Indochine SOS

préface d’André Malraux,

Paris, Gallimard, 1935, 255p.

(Réédité par Les Éditeurs français réunis, en 1949)

Notre Tunisie

Paris, Gallimard, 1939, 207p.

L’Afrique du Sud, cette inconnue

Paris, Hachette, 1948, 255p.

Roman

Criquet

 Paris, Gallimard, 1934, 253p. [Réédition de 1913]

Brochure

Le Racisme hitlérien, machine de guerre contre la France

Lyon, Les Éditions de la Clandestinité, 1944, 12p.

 

 

A lire sur le site de la BNF

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