Golda Bancic

Résistante roumaine

© Archives Nationales de Roumanie
© Archives Nationales de Roumanie

Née le 10 mai à Chisanau  en Bessarabie (Roumanie), morte le 10 mai 1944 à Stuttgart en Allemagne, à l'âge de 32 ans.


 

"Treize grenades Mills, quatorze engins cylindriques vides, sept engins de même type remplis de mitraille, dépourvus d’explosif, huit autres chargés, dix-sept engins cylindriques vides et quatre autres remplis de mitraille mais sans explosif, deux engins incendiaires, trois mèches lentes, deux petits cordeaux détonant à la penthrite, cinq kilos de chlorate de potassium, deux bidons de cinq litres et quatre bouteilles contenant un solvant inflammable, une boîte contenant quatre paquets incendiaires, une ampoule incendiaire d’origine anglaise, un frottoir pour engin incendiaire, un crayon allumeur à retardement.

Furent également saisis quatre pistolets automatiques deux de calibre 6,35 mm, et deux calibres 7,65 mm et un revolver à barillet, et un sac de poudre blanche, quatre rouleaux de cordeau, soixante bombes, trois cartouchières pleines, un sac d’accessoires pour engins incendiaires, plusieurs boîtes de cartouches et balles de revolvers, une boîte de plaques incendiaires, une boîte d’explosifs.”

 

Voici le compte rendu des armes et munitions saisies lors de la fouille de l’appartement de Mme Martin le 23 mars 1944. Cette dernière, incarcérée à la prison de Fresnes après avoir été jugée avec ses camarades du groupe Manouchian un mois plus tôt, n’est autre que Golda Bancic.  

Née dans une famille juive le 10 mai 1912 à Kichinev, en Bessarabie, (Roumanie), Golda commence à travailler à l’usine dès l’âge de 12 ans. Ouvrière, elle milite très tôt au parti communiste. Son activisme et sa participation à de nombreuses grèves lui valent plusieurs arrestations. Elle rejoint Bucarest et se marie à 16 ans avec Jacob Salomon dit Alexandre Jar. Elle participe à la création du mouvement pour un « Front populaire contre le fascisme ». Interpellée et jugée, elle est condamnée à deux ans de prison. À sa sortie, se sachant surveillée, elle passe dans la clandestinité et réussit à gagner la France en 1938Elle devient Olga et s’inscrit à faculté de lettres. L’année suivante, alors qu’Alexandre a rejoint les brigades internationales en Espagne, elle accouche de leur fille, à qui elle donne le prénom de la militante Dolores Ibárruri Gómez, surnommée « La Passionaria » Espagnole. 

« Quand les armées allemandes ont envahi la France, Olga était étudiante en philosophie à la Sorbonne. Elle chantait bien, était jolie, et si elle n'avait pas été une personne de convictions, elle aurait pu continuer à vivre comme beaucoup, une vie acceptable. Mais le combat contre le fascisme était devenu le sens de sa vie. Elle a mis toute sa grâce et son intelligence dans ce combat. Elle était lumineuse et l'est restée jusqu'au bout. » témoignera son mari après la guerre.

Ensemble, ils s'engagent dans la Résistance et conscients des risques encourus, décident de confier leur fille à un couple de paysans en banlieue parisienne afin de pouvoir essayer d’aller la voir régulièrement. Après l’arrestation de son mari, Golda Bancic participe à son évasion de l’hôpital Tenon. Chacun intègre ensuite séparément un détachement des FTP-MOI, elle, sous le pseudonyme de Pierrette. Elle devient responsable du service technique et s’occupe des armes, de leur stockage, de leur livraison aux groupes de combat avant leurs actions et de la récupération de ces dernières, afin que les soldats de l’ombre ne soient pas arrêtés en leur possession.

À l’occasion d’un rendez-vous avec Marcel Rajman, elle est arrêtée avec lui le 16 novembre 1943 par la police française. Durant son interrogatoire musclé, elle indique que c’était la première fois qu’ils se rencontraient et qu’elle n’avait que quelques armes chez elle. Elle est emprisonnée à Fresnes jusqu’au procès du groupe dit de l’Affiche rouge, qui se tient du 15 au 18 février 1944. Elle est la seule femme parmi les accusés. Condamnée à mort comme ses camarades, elle n’est pas fusillée avec eux au Mont-Valérien le 21 février 1944 car les Allemands ne fusillent pas les femmes en France. 

En attendant un probable transfert en Allemagne, elle reste à Fresnes, jusqu’à la découverte des armes cachées chez elle. Transférée à la prison de Stuttgart, elle est de nouveau jugée et condamnée à mort. Elle est guillotinée le jour de son trente-deuxième anniversaire, le 10 mai 1944. Depuis le fourgon carcéral sur le trajet entre le tribunal et la prison, elle parvient à jeter une enveloppe adressée à la Croix-Rouge française, contenant une dernière lettre adressée à sa fille. Cette missive parvient finalement à sa destinatrice (voir ci-contre). 

 

Article rédigé par Caroline François,

responsable de la programmation scientifique et culturelle des

 

Hauts lieux de la mémoire nationale en Ile-de-Francecommissaire associée du Mémorial national des femmes en résistance et en déportation

 


À lire



Dernière lettre de Golda Bancic à sa fille Dolorès

 

« Ma chere petitte fille, mon cher petit amour. Ta mere ecri

la derniere letre ma cher petite. Demain a 6 heur le 10 mai je ne

srais plus.

Mon amour, pleur pas, ta mere ne pleur pas non plus. Je meur

avec la conscience tranquile, et avec toute la conviction que

demain tu aura une vie et un avenir plus heureu plus tranquile que

ta mere. Tu n’aura plus a soufrir. Sois fiere de ta mere mon ptite

amour. Jai toujour ton image devent moi.

Je veus croir que tu vera ton père je lesperence que lui aura une

autre sore. Di lui que je toujour pensée a lui comme a toi.

Je vous aimée de tout mon coeur.

Tout les deux vous mest chers. Mon cher enfent ton père

sera pour toi une mere aussi. Il t’aime beaucoup. Tu ne centira

pas le manque de ta mere. Mon cher enfent je fini ma letre avec

l’esperence que tu sera heureuse pour toute ta vie avec ton père.

Avec tout le monde.

Je vous embrasse de tout mon coeur beaucoup beaucoup

Adieu mon amour

Ta mere

Bancic Golda

Stuttgart 9 mai 1944 »

(l’orthographe a été conservée)