Eileen Gray

Designer et architecte irlandaise

© Berenice Abbott (1926)
© Berenice Abbott (1926)

Née le 9 août 1878 à Enniscorthy (Royaume-Unis jusqu'en 1922, Irlande ensuite), morte le 30 octobre 1976 à Paris à l'âge de 98 ans.


Pionnière du design et de la l'architecture, cette irlandaise anticonformiste  s'est installée à Paris en 1902 où elle a vécu une vie aussi libre et créative que discrète. Peintresse de formation, elle explore de nombreux domaines (design, architecture) et  laisse également un important travail de photographe.  

 

Eileen Gray naît dans une riche famille irlandaise, sa mère hérite du titre de Lady Gray quelques années après sa naissance. Au lieu de se marier comme on l’attend d’elle,  elle entame à l’âge de 23 ans, en 1901, des études de peinture à la Slade School of Fine Art de Londres. Elle y rencontre Kathleen Bruce et Jessie Gavin avec lesquelles elle décide de partir étudier à Paris. Elle découvre sa bisexualité aux côtés Jessie Gavin. 

Ensemble, elles suivent des cours à l’Académie Colarossi, puis de l’Académie Julian, seules écoles de peinture accueillant des femmes. Bien que formée à l’Art nouveau, Eileen Gray le considère trop chargé et pas assez moderne. Elle préfèrera toujours les lignes épurées aux arabesques. En 1905, elle se forme aux techniques de laque qu’elle perfectionnera aux côtés du laqueur japonais Seizo Sougawara. Gray se passionne pour les voitures et l’aviation. En 1908, elle achète sa première voiture (à l’époque, moins 1% de femmes ont leur permis de conduire). 

Au même moment, Eileen Gray et son amie Evelyn Wyld se lancent dans la création de tapis.

Dès 1912, elle réalise des paravents en laque. L’année suivante, elle les expose au Salon des artistes décorateurs. Ses créations (La Voie lactée (disparu) ; Le Destin) attirent l’œil du collectionneur d’art et couturier Jacques Doucet qui devient son principal client (Table aux lotus ; Table aux bilboquets ; Table aux chars). Durant la Première Guerre mondiale, la designer devient ambulancière. 

Entre 1919 et 1922, Eileen Gray reçoit sa plus grande commande : l’aménagement de l’appartement de Juliette Lévy situé rue de Lota à Paris. Pour ce projet, elle accepte une dernière fois les canons esthétiques de l’Art déco, y mêlant des influences asiatiques et africaines (Fauteuil aux dragons ; Pirogue ; Canapé Lota). L’appartement est photographié et médiatisé dans la presse.

En 1922, elle ouvre sa propre galerie : Jean Désert. Jean Badovici, architecte, critique roumain et compagnon d’Eileen Gray, conçoit la devanture de la galerie. Elle s’attire une clientèle aisée dont la créatrice de mode Elsa Schiaparelli. Dans cette clientèle, beaucoup de femmes qui ont compté pour Eileen Gray : son amante la chanteuse Damia, la peintresse Romaine Brooks, la danseuse Loïe Fuller, l’artiste, chorégraphe et réalisatrice Gab Sorène et la femme de lettres Élisabeth de Gramont.

En 1923, Eileen Gray expose la Chambre à coucher boudoir pour Monte Carlo au XIVème Salon des artistes décorateurs. Ses créations attirent l’attention du groupe De Stijl. En 1924, Eileen Gray réalise la Table De Stijl, hommage à l’architecte et designer Gerrit Rietveld. Eileen Gray délaisse l’Art déco pour se consacrer à des designs plus fonctionnels. En écho à la Chaise Wassily de Marcel Breuer, architecte, designer, élève puis enseignant au Bauhaus, elle crée, sa Table ajustable (1925). 

Dans le même temps, Jean Badovici invite Eileen Gray à se tourner vers l’architecture. En 1924 et 1926, elle s’y forme avec Adrienne Gorska, une des premières femmes à obtenir un diplôme d’architecte en France. Eileen Gray achète un terrain à Roquebrune-Cap-Martin (Alpes-Maritimes) et avec Jean Badovici commence à travailler à la Villa E-1027 dont le nom est codifié : « E » pour Eileen, « 10 » pour le J de Jean, « 2 » pour le B de Badovici et « 7 » pour le G de Gray. Ensemble, ils conçoivent l’architecture de la maison, mais Eileen Gray se charge seule de la création du mobilier (fauteuil Bibendum ; Guéridon transportable ; le Transat (fauteuil transatlantique) (1924) ; Table ajustable ; fauteuil non-conformiste, etc ). La Villa E-1027 reprend les principes architecturaux de Le Corbusier avec lequel Gray entretient une relation complexe faite d’échanges, mais aussi de beaucoup de tensions. Le Corbusier, peindra, en 1938, neuf fresques murales dans la Villa E-1027 sans l'accord de Gray. Elle en sera scandalisée.

La Villa E-1027 est présentée dans le premier numéro de L’architecture d’aujourd’hui en 1930. 

Vendue après le décès de Jean Badovici en 1956, la Villa E-1027 est classée monument historique en 2000 avant d’être réhabilitée et ouverte au public en 2015.

En 1929, Eileen Gray participe à la fondation de l’Union des artistes modernes, réunion d’ architectes et d’artistes décorateurs. 

En 1932, elle débute la construction sa future maison : la Villa Tempe a Pailla, située à Menton (Alpes-Maritimes).

Dans les années 1930, profondément en accord avec les réformes sociales, notamment les congés payés, Eileen Gray se tourne vers des créations grand public (Tente de camping,1930) ; Maison ellipse,1936). Elle imagine un projet de centre de vacances (1936-1937) restée à l’état de maquette qu’elle présente à l’Exposition internationale « Arts et techniques dans la vie moderne » en 1937.

Durant la Seconde Guerre mondiale, la ville de Menton est annexée par l’Italie. Les travaux d’Eileen Gray sont pillés. Elle se réfugie dans le Vaucluse. A la fin de la guerre, on l'a oubliée.  Elle voudrait réaliser un centre social et culturel (1946-1947), mais le projet ne se fera pas. La revue L’architecture d’aujourd’hui rend cependant hommage au projet dix ans plus tard… en 1959. En 1954, elle se lance dans ce qui sera sa dernière réalisation : la maison Lou Pérou, près de Saint-Tropez.

Le mobilier d’Eileen Gray est redécouvert dans les années 1970, à l’occasion de la vente aux enchères du mobilier de Jacques Doucet. Dès lors, l’œuvre d’Eileen Gray est récompensée par plusieurs rétrospectives, notamment à Londres et à New York.

 

 

Eileen Gray s’éteint le 31 octobre 1976. Son ami Peter Adam publie en 1987 la première biographie d’Eileen Gray : Eileen Gray, sa vie, son œuvre. En 2013, elle fait l’objet d’une importante rétrospective au Centre Pompidou.

 

Morgane Gauquier

Etudiante en Histoire de l’Art à l’Université Lyon II,

 

en stage chez Si/si au printemps 2021

 

 


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A écouter

" Pour créer, il faut d'abord tout remettre en question."

 

Eileen gray

1. Paravent en briques (1919-1922), bois laqué noir, collection particulière  2. Cabinet à tiroirs pivotants (1926-1929), bois peint mobilier provenant de la villa E- 1027, Centre Pompidou, Paris.  3. Le Destin, paravent, 1912, collection particulière.4. Fauteuil Bibendum, 1926, collection particulière. 5. La villa E-1027 construite par Jean Badoci et Eileen Gray en 1929  à Roquebrune-Cap Martin 6.. Intérieur de la villa E-1027 prise en 1929. 7. La villa E-1027 restaurée et transformée en musée (photo Manuel Bougot). 8. Tente de camping, 1930-31

 

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