Christine de Pizan

Philosophe et poétesse française

Christine de Pizan écrivant  (1407)
Christine de Pizan écrivant (1407)

Née en 1365 à Venise, décédée en 1430 à Poissy, à l’âge  d'environ 65 ans.

 

Première femme à vivre de sa plume en France, elle est l'autrice du Livre de la Cité des Dames.


 

Née à Venise, elle arrive peu après sa naissance en France où son père, médecin et astrologue, est appelé à la cour de Charles V dit le Sage. Elle est mariée à 15 ans (en 1380) à Etienne Castel, 24 ans, jeune homme savant, l'union sera heureuse et iels auront trois enfants. Mais Etienne Castel meurt en 1387, Christine de Pizan refuse de remariée et après récupéré son dû  auprès des créanciers de son époux,  commence à vivre de sa plume pour nourrir sa famille. Elle écrit en vers et en prose, aussi bien des biographies historiques, dont celle de Charles V, que de la poésie et des essais.

Elle est à l'origine de la querelle sur le Roman de la rose, ouvrage misogyne entamé par Guillaume de Lorris et poursuivi par Jean de Meung. Christine de Pizan reproche au texte son caractère grossier, anti-religieux et l'affront qu'il fait aux femmes.

Elle poursuit sa réflexion dans Le livre de la cité des femmes (1405),  dans lequel elle s'élève contre l'idée que les femmes "ne sont bonnes qu'à cajoler les hommes et à mettre au monde et à élever les enfants" et s'emploie à édifier un cité utopiste où chaque pierre serait une femme douée de talent et de vertus. C'est l'occasion d'édifier un panthéon à la gloire des femmes qui ont marqués l'Antiquité, l'histoire sainte et son histoire contemporaine. 

Elle y affirme que : "Si c'était la coutume d'envoyer les petites filles à l'école et de leur enseigner méthodiquement les sciences comme on le fait pour les garçons, elles apprendraient et comprendraient les difficultés de tous les arts et de toutes les sciences aussi bien qu'eux.", s'y montre : "navrée et outrée d'entendre des hommes répéter que les femmes veulent être violées et qu'il ne leur déplaît pas d'être forcées, même si elles s'en défendent tout haut." et revendique le plaisir féminin : "Car vous qui êtes un être de chair et de sang, pensiez-vous avoir engendré une fille de pierre et de bois ?"

Si la pensée de Christine de Pizan fut d'un féminisme avant-gardiste et aiguisé, n'oublions pas qu'elle fut aussi une poétesse remarquable. 

 

NB :Toutes les traductions du vieux français sont de Thérèse Moreau et Eric Hicks (ed. Stock/Moyen-Age)

 

En savoir +

"Mes très chères sœurs (…) Vous avez cause désormais, chères amies, de vous réjouir, sans offenser Dieu ni les bienséances, en contemplant la perfection de cette nouvelle cité qui, si en prenez soin, sera pour vous toutes (c'est-à-dire les femmes de bien) non seulement un refuge, mais un rempart contre vos ennemis. "  ». 

 

Christine de Pizan, Le livre de la cité des dames

 

A lire

 

Je ne sais comment je dure ;
Car mon dolent1 cœur fond d’ire2,
Et plaindre n’ose, ni dire
Ma douloureuse aventure,

Ma dolente vie obscure3,
Rien, hors la mort, ne désire ;
Je ne sais comment je dure.

Et me faut par couverture4
Chanter quand mon cœur soupire,
Et faire semblant de rire ;
Mais Dieu sait ce que j’endure ;
Je ne sais comment je dure.


1. Souffrant
2. Chagrin, douleur, colère
3. Sombre, triste.
4. Par dissimulation.