Kenojuak Ashevak

Peintresse inuite canadienne

Née le 3 octobre 1927 à Ikirasaq, décédée le 8 janvier 2013 à Cape Dorset, à l’âge de 85 ans.


Kenojuak Ashevak ( ᕿᓐᓄᐊᔪᐊᖅ ᐋᓯᕙᒃ en inuktitut, la langue inuite) est une artiste qui utilise principalement le dessin et la gravure et dont la reconnaissance internationale a ouvert la voie à de nombreux et nombreuses artistes inuites. 

Kenojuak Ashevak est élevée de manière traditionnelle inuite, dans un mode de vie semi-nomade. Elle se déplace sur tout le territoire inuit, en vivant dans des igloos et des tentes de peaux. Sa grand-mère, Koweesa lui enseigne des savoirs inuits comme la préparation de peaux de phoques. A 19 ans, on la contraint à un mariage avec Johnniebo Ashevak. Elle le refuse dans un premier temps, mais elle finit par apprécier la personnalité de cet homme et son intérêt pour l’art. Il est chasseur de phoque, mais également artiste et le couple collabore sur des projets artistiques. Ils ont 11 enfants, et elle en adopte 5 autres, une pratique courante dans la société inuite. 

En 1950, une infirmière passe examiner la population inuite pour identifier des cas de tuberculose. Kenojuak Ashevak se révèle positive au test : elle est séparée de sa famille alors qu’elle a un enfant en bas-âge et envoyée de force dans un hôpital à Québec où elle restera trois ans. Certains de ses enfants meurent pendant son séjour. Cette pratique d’hospitalisation forcée (la tuberculose étant une maladie apportée par les missionnaires et personnes étrangères se rendant sur les territoires inuits) a fait partie des nombreuses violences imposées au Canada à la population autochtone inuite. Au même titre que : l’envoi des enfants dans des pensionnats où on les contraint à oublier la culture inuite et où ils souffrent de violences physiques, psychologiques et sexuelles, la sédentarisation forcée des populations pour mieux les contrôler avec massacre des chiens de traîneaux pour les empêcher de se déplacer ou l’obligation de porter une médaille avec un numéro d’identification car les noms inuits étaient « trop compliqués » à retenir... Le traumatisme de ces violences et leurs conséquences (alcools, violences conjugales, suicides...) sont des thèmes important dans la création contemporaine inuite. 

Pendant son passage à l’hôpital, Kenojuak Ashevak rencontre Harold Pfeiffer qui enseigne l’art aux patients et patientes : la pratique artistique l’occupe et lui permet de gagner un peu d’argent. A son retour au Cape Dorset, elle rencontre James Houston. Ce missionnaire s’est beaucoup intéressé et impliqué dans la communauté inuite. Il a aidé à développer la création artistique pour apporter une nouvelle source de revenus, la subsistance financière des inuits était principalement la vente de peau, ce qui n’était plus suffisant. Il étudie les techniques de gravure et d’imprimerie au Japon et les transmet aux inuits. Un système de commerce, d’expositions et d’ateliers se met en place, et Kenojuak va être la première femme à intégrer l’atelier de gravure du Cape Dorset. C’est la première d’une longue lignée de femmes artistes spécialisées dans la gravure et le dessin. Dans le livre Women in charge : Artistes inuit contemporaines, Elvira Stefania Tiberini explique que ces techniques graphiques sont favorables aux artistes femmes de la société inuite, car elles peuvent créer en continuant à s’occuper du foyer et cela leur donne une indépendance financière. La gravure crée « de nouveaux espaces d’affirmation et d’identification » pour les femmes inuites, qui subissent un sexisme très renforcée par l’influence occidentale. 

Kenojuak Ashevak est reconnue dès ses premières productions dans les années 60. Une de ses œuvres les plus connues, La chouette enchantée est utilisée pour un timbre de la poste canadienne et en 1999 on réalise une pièce de monnaie qui reprend l’image d’une de ses œuvres, ses initiales étant gravés en inuktitut. Elle reçoit de nombreux prix. Le Musée des Beaux-Arts du Canada lui consacre en 2002 une exposition. 

Elle s’intéresse à la représentation humaine et animal, et aux jeux de métamorphoses. Elle parle du passé et du présent et des mythes qui sont ancrés dans la société inuite. Pour sa première œuvre, Le Lapin mangeant des algues, elle s’inspire d’un motif qu’elle avait dessiné sur une peau de phoque. Ses formes peuvent être d’une grande simplicité, jouant sur une indétermination dans laquelle les éléments se lient par des dégradés de couleurs qui montrent une grande sensibilité, mais les motifs peuvent aussi être plus détaillés et complexes..

 

Marine Laboureau

Etudiante en Histoire de l’Art à l’Université Lyon II,

en stage chez Si/si au printemps 2020

 

 

En savoir +

“Lorsque j’ai commencé pour la première fois à faire quelques traits de crayon sur le papier, mon amour, Johnniebo, m’a souri et m’a dit, ‘Inumn,’ qui signifie ‘je t’aime.’ J’ai su qu’au fond de lui il pleurait presque, sachant que j’essayais de faire de mon mieux pour dire quelque chose sur un morceau de papier afin de rapporter de quoi manger à la famille.” 

Kenojuak Ashevak, 2008

1La Chouette enchantée (1960) © Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa.  2. Timbre tiré de son œuvre  3Le Retour du Soleil (1993) © Collection Claude Baud. 4Composition (1992-93) © Musée des Beaux-Arts du Canada, Ottawa. 5Hibou évoluant (2000) © Collection Claude Baud. 6Les Oiseaux peignent la femme (1994) © M-Collection Claude Baud. 

 

Lapin mangeant des algues (1958-1959) © Collection privée 

A lire

Œuvre Red Owl (Le Hibou Rouge) reproduite sur des pièces de 25 cents de la Collection du Millénaire de la Monnaie Royale en 1999