Marianne Cohn

Résistante allemande

Née le 17 septembre 1922 à Mannheim en Allemagne, assassinée le 8 juillet 1944 à Ville-la Grand en Haute-Savoir, à l'âge de 21 ans.


Marianne Cohn nait à Mannheim dans une famille juive non pratiquante, ses parents Alfred et Margarete Cohn sont des intellectuel·les de gauche, proche du philosophe et critique d'art Walter Benjamin, ami d'enfance d'Alfred, Benjamin fut un temps fiancé à Jula Cohn, sculptrice et sœur d'Alfred.

Marianne a une sœur, Lisa Cohn, de deux ans sa cadette.

En 1928, Marianne Cohn a 6 ans et la famille s'installe à Berlin où Alfred Cohn, qui pour des raisons économiques a dû arrêter ses études d'Histoire de l'Art, devient directeur, puis co-propriétaire d'une fonderie. Margarete Cohn, économiste de formation, publie une étude sur les conditions de vie des enfants placés. On peut imaginer que cet ouvrage a eu une influence sur l'intérêt de Marianne Cohn pour l'éducation et la prise en charge des enfants. 

Quand les nazis arrivent au pouvoir en 1933, la famille, menacée, s'exile à Barcelone en Espagne, d'où elle devra à nouveau fuir en 1939 après la victoire de Franco sur les républicains. Dès 1936, Marianne et Lisa sont  envoyées à Paris chez un oncle. En 1939, elles sont prises en charge par les Éclaireurs et Éclaireuses Israélites de France (EEIF), tandis que leurs parents considérés comme "indésirables" par le gouvernement Daladier, sont internés au camp de Gurs, comme des milliers de juifs et juives allemandes, de militants et militantes espagnoles anti-franquistes et Volontaires des Brigades Internationales.

Chez leur oncle, puis au sein des EEIF, Marianne et Lisa vont découvrir la religion juive et ses rituels.

En 1940, Marianne et Lisa gagnent Moissac, dans le Tarn et Garonne, où les Éclaireurs Israélites de France ont trouvé refuge organisent de nombreux  hébergements dont La Maison des enfants de Moissac qui accueillera près de 500 enfants juifs, dont Marianne et Lisa durant un an avant que leurs parents ne les rejointes en 1941.

Marianne Cohn s'engage alors dans le Mouvement de jeunesse sioniste (MJS)un réseau juif de la Résistance créé le 10 mai 1942 à Montpellier à la suite d'un congrès clandestin réuni et organisé par Otto Giniewski à l'initiative de Simon Levitte, auprès duquel Marianne Cohn obtient un emploi salarié de secrétaire. Elle suit Simon Levitte à Grenoble quand le centre de documentation du MJS y déménage. 

Le Mouvement de jeunesse sioniste développe une mission de protection des enfants juifs persécutés avec le réseau "Éducation Physique", Marianne Cohn s'y engage tout de suite et dans un premier temps aide les enfants à se préparer à leur départ pour la Suisse, tout en étant agente de liaison et en participant au service des faux papiers, ce qui l'amène à se déplacer dans tout le sud de la France.

Elle est arrêtée une première fois en 1943, à Nice, où elle est détenue pendant trois mois avec un groupe d'enfants.  Malgré de violents interrogatoires, elle ne parle pas et est relâchée. C'est durant cette incarcération qu'elle aurait écrit son bouleversant poème Je trahirai demain.

Elle reprend ses activités clandestines, qui la conduisent en 1944 à remplacer la résistante Mila Racine qui conduisait des convois d’enfants et d’adultes vers Annemasse pour leur faire traverser la frontière suisse.

Sous couvert de colonies de vacances, elle va, chaque semaine, conduire des groupes d'enfants juifs d'Annecy à la frontière suisse.

Le 31 mai 1944, alors que Marianne Cohn convoyait vingt-huit enfants âgés de quatre à quinze ans provenant de Limoges, elle est arrêtée à un kilomètre de la frontière par la Gestapo. 

Marianne et les enfants et adolescents sont enfermés à l’hôtel Pax, à Annemasse, transformé en prison par le Sipo-SD (la police de sûreté allemande crée par Himmler qui réunie la Gestapo, la police criminelle, et le service de renseignement de la SS). 

Torturée, Marianne Cohn refuse de parler. Pour ne pas abandonner le groupe d’enfants et les exposer à de probables représailles, elle refuse l’aide du responsable de son réseau de la faire évader seule.

Le 8 juillet 1944, des agents du Sipo-SD venus de Lyon l’emmenèrent avec cinq autres prisonniers, Paul Regard, Félix Debore, Julien Duparc, Henri Jaccaz et Marie -Louise Perrin. 

Ils et elles sont assassiné·es à coups de pelle et de bottes. 

Leurs corps mutilés sont retrouvés à la Libération dans un charnier, au lieu-dit La Rape, près de Ville-La-Grand. 

 

Les enfants ont été sauvés grâce à l’initiative de Jean Deffaugt, maire d’Annemasse (reconnu Juste parmi les Nations en 1966).

 

Marianne Cohn est enterrée à La Tronche près de Grenoble, le 26 septembre 1944, sous son nom de résistante, Marianne Colin. Lors de son enterrement, protégé par des FTP (Francs Tireurs et Partisans) et des membre du MJS,  on fait retentir l’Hatikva (chant de l’Espoir devenu l’hymne national de l’État d’Israël) et un enfant remet à Jeanne Latchiver, une des responsables du MJS, une enveloppe qui contient le poème Je trahirai demain.

 

Lisa Cohn et ses parents parviennent à survivre dans la clandestinité.

 

Le nom de la résistante a été donné à une école d’Annemasse. Il figure sur différents monuments. L’artiste Gunter Demnig lui a consacré l’un de ses Stolpersteine (pavés) à Berlin, que l’on peut retrouver dans le quartier de Tempelhof, au 52 Wulfila Ufer.

 


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Je trahirai demain pas aujourd’hui.
Aujourd’hui, arrachez-moi les ongles,
Je ne trahirai pas.
Vous ne savez pas le bout de mon courage.
Moi je sais.
Vous êtes cinq mains dures avec des bagues.
Vous avez aux pieds des chaussures
Avec des clous.
Je trahirai demain, pas aujourd’hui,
Demain.
Il me faut la nuit pour me résoudre,
Il ne faut pas moins d’une nuit
Pour renier, pour abjurer, pour trahir.
Pour renier mes amis,
Pour abjurer le pain et le vin,
Pour trahir la vie,
Pour mourir.
Je trahirai demain, pas aujourd’hui.
La lime est sous le carreau,
La lime n’est pas pour le barreau,
La lime n’est pas pour le bourreau,
La lime est pour mon poignet.
Aujourd’hui je n’ai rien à dire,
Je trahirai demain.


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