Sonia Delaunay-Terk

Peintresse, créatrice de mode, décoratrice et costumière française, d’origine ukrainienne

© Florence Henri (1931)
© Florence Henri (1931)

Née le 14 novembre 1885 à Gradizhsk en Ukraine, décédée le 5 décembre 1979 à Paris, à l’âge de 94 ans.

 

 

« Qu’avait-on dit de moi jusque-là : égérie de l’orphisme, décoratrice, compagne de Robert Delaunay. Puis on a concédé “collaboratrice, continuatrice…” avant d’admettre que l’œuvre existait en soi. » 

 

Sonia Delaunay,

Nous irons jusqu’au soleil 

 


Sonia Delaunay naît Sara Elievna Stern le 14 novembre 1885 à Gradizhsk en Ukraine. Issue d’une famille très modeste, elle est adoptée par son oncle Henri Terk, avocat, afin de bénéficier d’une bonne éducation. Prenant le nom de Sonia Terk, elle s’installe chez lui à Saint-Pétersbourg à l’âge de cinq ans et baigne dans un milieu artistique et aisé.

 

En 1904, Sonia Terk part étudier à l’Académie des beaux-arts de Karlsruhe en Allemagne, puis, s’installe à Paris deux ans plus tard où elle découvre le fauvisme peinture fauve. Inspirée par les couleurs des peintures fauves, elle se détourne de ses formations académiques et se lie d'amitié avec le marchand d’art et galeriste Wilhelm Uhde.

Rapidement, elle participe à une exposition collective aux côtés de Braque, Picasso, Derain où elle rencontre Robert Delaunay. En 1908 a lieu sa première exposition personnelle, Portraits, compositions, dans laquelle elle présente La Jeune Finlandaise et Nu jaune. Un mariage blanc avec Uhde permet à Sonia Terk d’acquérir la nationalité française. La même année, elle se rapproche de Robert Delaunay qu'elle épouse en 1910.

 

Le couple s’installe dans le quartier de Montparnasse, où réside alors l’avant-garde littéraire et artistique. Sonia Delaunay-Terk insuffle le goût de la couleur à Robert Delaunay dont la palette était jusque-là très sombre. Ensemble, ils associent couleurs vives et formes géométriques, donnant naissance à l’idée de « simultanéisme », ce qu’Apollinaire appellera en 1913 l’« orphisme », c’est-à-dire un cubisme poétique qui fait vibrer simultanément les couleurs et les formes. Dès lors, Sonia Delaunay-Terk et Robert Delaunay seront considérés comme des pionnier et pionnière de l’abstraction. La naissance de son fils Charles, ne freine pas Sonia Delaunay-Terk dans ses créations. Ses liens avec l’avant-garde littéraire et artistique lui permettent de faire notamment dialoguer poésie et peinture comme en témoigne le poème-peinture La Prose du Transsibérien et de La petite Jehanne de France, fruit d’une collaboration  avec Cendrars en 1913. 

 

Durant les années 1910, Sonia Delaunay commence à s’intéresser au textile sans pour autant délaisser la peinture. Pour les rendez-vous du Bal Bullier, où les Delaunay-Terk se rendent toutes les semaines, elle confectionne des robes et gilets simultanés qui sont portés par les avant-gardistes littéraires. En 1913, Sonia Delaunay-Terk peindra plusieurs fois Le Bal Bullier. 

Lorsque la Première Guerre mondiale éclate, Robert Delaunay déserte et obtient une dérogation auprès du consulat de France. Les Delaunay-Terk vivent alors à Madrid puis à Lisbonne où ils s’installent à la Vila do Conde, rebaptisée La Villa Simultanée, aux côtés des artistes Viana et Halbert. 

 

À la fin des années 1910, Sonia Delaunay-Terk a commencé à créer des costumes et décors pour des ballets (Cléopâtre, 1918), pièces de théâtre, et des films (Le P’tit Parigot ; Le Vertige,1926). A Madrid, elle ouvre La Casa Sonia, maison de mode et de décoration intérieure. 

Au début des années 1920, les Delaunay-Terk rentrent définitivement en France et font notamment la connaissance d’Elsa Triolet et Louis Aragon dont ils seront proches durant les Années Folles. À partir de vers d’Iliazd, Tzara, Aragon et Huidobro, elle crée, dès 1922, des robes-poèmes. Elle ouvre ensuite L’Atelier Simultané, dédié à la création vestimentaire et textile, qui deviendra La Maison Sonia.  

 

Sonia Delaunay-Terk abolit les frontières entre art et mode et considère ses créations comme un moyen d’émancipation pour les femmes :

« Je voulais, en m’amusant, montrer la richesse multiple des lignes de la femme et des mouvements du corps […]. Mon plaisir […] n’était pas de créer une robe ou une écharpe, mais de voir apparaître une nouvelle créature. Après quoi, les premières femmes libérées seraient imitées par des milliers d’autres. Le prêt-à-porter récupérerait les conquêtes des années 25 et les robes-poèmes courraient les rues. »

 

Elle a notamment créé une robe restée célèbre pour  Nancy Cunard, éditrice, poétesse et militante politique et porte-drapeau de l’émancipation des femmes.

Après la peinture, le textile, les décors et les costumes, Sonia Delaunay-Terk surprend, en 1925, en peignant d’après ses propres tissus une Citroën B12 à l’occasion de l’Exposition internationale des Arts décoratifs et industriels modernes de Paris. 

 

En 1925, paraît Sonia Delaunay, ses peintures, ses objets, ses tissus simultanés, ses modes. Par la suite, elle collabore avec les magasins hollandais Metz & Co.

Sonia Delaunay-Terk a toujours un coup d’avance et commence à concevoir des tapis et tissus à la fin des années 1920, ces créations artisanales auront beaucoup de succès dans les années 1930. 

 

Robert Delaunay meurt d’un cancer en 1941. Sonia Delaunay-Terk continue d’enrichir son œuvre et s’évertuera dans les années suivantes à faire connaître au plus grand nombre les créations de son mari. 

Elle rejoint Sophie Taeuber-Arp, Jean Arp, Suzy et Alberto Magnelli à Grasse où elle résidera durant toute la Seconde Guerre mondiale. Elle réalise des lithographies et gouaches. 

 

En 1946, Sonia Delaunay-Terk expose au premier Salon de l’abstraction : le Salon des Réalités Nouvelles. 

Durant les années 1950, Delaunay-Terk s’essaye à la mosaïque. Cette décennie est celle de la consécration pour l’artiste : ses œuvres commencent à être acquises par l’État français et à intégrer les collections de plusieurs musées français et internationaux, Elle est nommée chevalier (1964), puis officier (1975) de la Légion d’honneur, les expositions sur Sonia Delaunay-Terk et Robert Delaunay se multiplient à travers le monde, la plus grande rétrospective de l’œuvre de Sonia Delaunay-Terk a lieu au Musée national d’art moderne de Paris, elle reçoit également le Grand prix international de l’art féminin au Salon international de la femme en 1973. 

 

Un an avant sa mort, elle publie son autobiographie Nous irons jusqu’au soleil. Sonia Delaunay s’éteint le 5 décembre 1979 à Paris. 

 

Morgane Gauquier

Etudiante en Histoire de l’Art à l’Université Lyon II,

en stage chez Si/si au printemps 2021

 

NB : Sonia Delaunay-Terk est l'une des 106 artistes de l'exposition Elles font l'abstraction (Centre Beaubourg - 19 mai- 23 août 2021)

 

Couverture "Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France" où l'on distingue clairement la signature de l'artiste © Centre Pompidou "Elles font l'Abstraction"
Couverture "Prose du Transsibérien et de la petite Jeanne de France" où l'on distingue clairement la signature de l'artiste © Centre Pompidou "Elles font l'Abstraction"

En savoir +

1. Nu Jaune, 1908 © Musée des Arts de Nantes - 2. La prose du Transsibérien et de la Petite Jehanne de France, 1913 © Museum of Modern Art, New York - 3. Le Bal Bullier, 1913 © Musée d'Art Modene, Paris - 4. Costume de Cléopâtre pour les Ballets russes, 1923 © Grand Théâtre de Lyon, archives - 5. Nancy Cunard dans une robe simultanée © archives privées - 6. Robe poème, 1923 © MOMA new York - 7. Citroën B 12  décore par Sonai Delaunay + robes simultanées, 1925  - 8. Rythme, 1938 © Musée d'Art Moderne, Paris 


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