Marie Dentière

Théologienne et réformatrice protestante d'origine belge, ayant mené son activité intellectuelle en Suisse

Portrait idéalisé réalisé en 2009 par Roger Pfund (© CC BY-SA 4.0)
Portrait idéalisé réalisé en 2009 par Roger Pfund (© CC BY-SA 4.0)

Née en 1495 à Tournai en Belgique, décédée en 1561 à  Genève en Suisse, à l’âge d’environ 66 ans.


Marie Dentière fut d’abord prieure du couvent des Augustines de Près, à Tournai, avant de se tourner vers les idées de la Réforme dès 1520. Aucune image ne nous est parvenue d’elle : Roger Pfund a fait en 2009 ce portrait idéalisé, disponible sur Wikicommons .

 

L’activité intellectuelle de Marie Dentière s’ancrera à Strasbourg, puis à Aigle où elle vit de 1528 à 1533 avec son premier mari, Simon Robert, prêtre converti au pastorat. Dès 1535, elle s’installe à Genève avec son second mari, Antoine Forment. N’ayant pas la possibilité de parler en public et notamment de prêcher, elle écrit des textes théologiques anonymes, dont l’Epitre Tres Utile (1539) dédiée à la reine Marguerite de Navarre qui lui offre son soutien.

 

De manière qui sonne très contemporaine, elle y défend un évangile par-delà les discriminations sociales et de genre : «Je demande : Jésus n’est-il pas aussi bien mort pour les pauvres ignorants et idiots, que pour Messieurs les rasés, tondus et mitrés ? Est-il seulement dit ‘allez prêcher mon Evangile à Messieurs les sages et docteurs attitrés ?’. N’est-il pas dit à tous ? Avons-nous deux Evangiles ? L’un pour les hommes et l’autre pour les femmes ? L’un pour les sages et l’autre pour les fous ?» (p. 52). Le Dictionnaire historique suisse, sous la plume de Liliane Mottu-Weber, affirme que ses prises de position sur «le rôle des femmes dans l'Eglise la fait considérer comme l'une des premières théologiennes laïques féministes».

 

 

L’histoire récente de la réception de Marie Dentière est en train de lui donner la place qu’elle aurait toujours dû avoir parmi les figures de la Réforme. Sous l’impulsion de la théologienne genevoise Isabelle Graesslé, son nom a été gravé en 2002 sur le mur des Réformateurs à Genève (© CC BY –SA 3.0 ; auteur MHM55). Diane Desrosiers Bonin, médiéviste, travaille depuis 1998 à la publication de son œuvre (Université de McGill, Canada). Le 30 mars 2017, dans le cadre des manifestations liées au 500ème anniversaire de la Réforme, deux chercheuses en théologie et sciences des religions, Claire Clivaz et Florence Pasche Guignard, ont ouvert un site consacré à Marie Dentière, qui s’augmente continuellement de nouvelles ressources : mariedentiere.ch Il devrait accueillir un projet de recherche consacré à celle qui aura été «Réformatrice en Suisse romande». Le présent article y a puisé toutes ses informations.

 

En savoir +


 

"Je demande : Jésus n’est-il pas aussi bien mort pour les pauvres ignorants et idiots, que pour Messieurs les rasés, tondus et mitrés ? Est-il seulement dit «allez prêcher mon Evangile à Messieurs les sages et docteurs attitrés ?». N’est-il pas dit à tous ? Avons-nous deux Evangiles ? L’un pour les hommes et l’autre pour les femmes ? L’un pour les sages et l’autre pour les fous ? (1 Co 1) Ne sommes-nous pas un en notre Seigneur, au Nom duquel nous sommes baptisés ? Ou le sommes-nous au nom de Paul, Apollon, du Pape ou de Luther ? N’est-ce pas au nom du Christ ? [p. 53] Certes il n’est point divisé, il n’y a point de distinction du Juif au Grec, car envers Dieu, il n’y a point d’acception de personnes. (Rm 2, Eph 6) Tous les hommes sont un en Jésus-Christ, il n’y a ni mâle, ni femelle, ni serf, ni homme libre. (Ga 3)."

 

 

Marie Dentière - L'Epistre tres Utile (1539)

version contemporaine établie à partir du vieux français par 

Florence Pasche Guignard en collaboration avec Claire Clivaz

 


Le nom de Marie Dentière a été ajouté sur le Mur des Réformateurs à Genève en 2002.


A voir

Marie Dentière, film documentaire réalisé par  Isabelle Graesslé et Virginia Crespeau en 2007, Fondation Bersier - Meromedia 30 min,  diffusion France 2