Lucie Aubrac

Enseignante, résistante et militante française

Née le 29 juin 1912 à Paris, décédée le 14 mars 2007 à Issy-les-Moulineaux, à l'âge de 94 ans.


Résistante et infatigable militante de la paix, Lucie Aubrac s'est battue toute sa vie contre la haine, le racisme, le sexisme et le colonialisme.

 

"Je suis née dans une famille de vignerons mâconnais. A cause de mon père, grand blessé de la guerre de 14-18, je fus très jeune passionnément pacifiste."

Ainsi commence l'avant-propos à "Nous partirons dans l'ivresse", le récit que Lucie Aubrac fait, en 1984, de ses années 1943 et 1944 passées à Lyon, puis à Londres.

En 1943, elle a 31 ans, elle est mère depuis deux ans et mariée à Raymond Samuel depuis quatre ans. Entre eux , c'est "l'amour total", un amour fait autant de quotidien, de vie de couple et de famille que d'engagement politique. 

Née Lucie Bernard, pupille de la nation, la future grande résistante, décroche son agrégation d'Histoire à la force du poignée, après avoir passé son bac en candidate libre, puis refusé d'intégrer l'Ecole Normale d'Institutrice dont elle s'était pourtant obstiné à repasser le concours précédemment raté deux fois, parce "l'idée d'être d'interne et empêchée de circuler {lui} était insupportable". En même temps qu'elle fait des petits boulots pour payer ses études, elle fréquente le Cercle international de jeunesse - un mouvement quaker pacifiste qui invite les jeunes à se réunir autour d'activités culturelles et intellectuelles - ainsi que les Jeunesses Communistes. Elle va s'y faire remarquée pour sa fougue et son aisance, et nouer des amitiés importantes. En 1936, elle se rend à Berlin pour les Jeux Olympique et prend la mesure de la politique nazi.

En 1938, elle est nommée professeure à Strasbourg où, le 14 mai (date sacrée pour le couple) 1939, elle rencontre Raymond Samuel qui ne s'appelle pas encore Aubrac. Ils se marient le 14 décembre suivant. En juin 1940, Raymond est fait prisonnier, Lucie réussit à le faire évader fin Août.

A l'automne 40, l'Université de Strasbourg se replie à Clermont-Ferrand, Lucie et Raymond y font la connaissance d'Emmanuel d'Astier de la Vigeriequi la surnomme "Madame conscience". Cette rencontre est décisive, Dès juin 40, d'Astier a créé La Dernière Colonne, mouvement destiné au sabotage qui sera une préfiguration de Libération-Sud - un des huit mouvements qui constituent le Conseil National de la Résistance - fondé par Emmanuel d'Astier, Jean Cavaillès, Georges Zerapha (co-fondateur de la LICA, future LICRA) et Lucie Aubrac. Une de ses premières actions est l'édition du journal Libération lancé par Emmanuel d'Astier, Lucie et  Raymond Aubrac. 

Dès lors, Lucie Aubrac consacre l'essentiel de son temps à l'action clandestine, se faisant une spécialité des évasions. Chargée notamment des liaisons avec le Nord, elle voyage fréquemment. En mars 1943, Raymond est arrêté et emprisonné à Lyon où le couple réside depuis 1941. Avec un culot incroyable, Lucie se rend chez le procureur, se présente comme agent de de Gaule et le menace de mort s'il ne libère pas François Vallet (nom d'emprunt de Raymond à ce moment-là) avant le 14 mai suivant (leur date fétiche). Ça marche ! Quelques jours plus tard, après leur avoir fait absorbé un médicament provoquant des forts troubles gastriques, Lucie organise l'évasion des camarades du groupe restés en prison lors de leur transfert à l'hôpital.

Le 21 juin, Raymond est à nouveau arrêté, cette fois par la Gestapo, lors de la fameuse souricière de Caluire chez le docteur Dugoujon en même temps que Jean Moulin et huit autres résistants. Lucie Aubrac experte dans l'art de se déguiser et se fondre dans la paysage - elle s'est ainsi faite passée pendant quatre jours pour un médecin à l'hôpital de Saint-Etienne - se présente à Klaus Barbie, chef de la Gestapo, sous l'identité de Guillaine de Barbentan. Elle dit être enceinte (elle l'est réellement) de Claude Ermelin (nom sous lequel a été arrêté Raymond),  dont elle affirme être la fiancée et qu'elle doit, plaide-t-elle, absolument épouser ne pouvant envisager d'être fille-mère. Elle réussit à duper Barbie et, le 21 octobre, lors du transfert qui doit conduire son "fiancé" devant l'autel, Lucie et ses compagnons attaquent le fourgon, tuent cinq gardes et libèrent Raymond ainsi que la dizaine de résistants qui se trouvait avec lui.

Le couple, maintenant identifié par toutes les polices, doit vivre de refuge en refuge. Le 8 février 1944, Lucie, Raymond et leur fils, Jean-Pierre, âgé de trois ans et demi, réussissent à prendre un avion pour Londres où quatre jours plus tard Lucie accouche de Catherine.

Après la guerre, elle fonde l'hebdomadaire, Privilèges des femmes, consacré aux droits fraîchement acquis par les femmes, dont le droit de vote, mais sans doute trop en avance sur son temps, le journal ne parvient pas à trouver son public et doit interrompre sa publication au bout de 7 numéros.

La liberté, le courage et l'audace qui caractérisent Lucie Aubrac (puisque le couple adopte ce nom après la guerre) ne sont pas du goût de tout le monde, en premier lieu pas de celui du Parti Communiste qui attend plus de discipline de ses membres. De leur côté, Lucie et Raymond condamnent la politique coloniale de la France et co-fondent Le Mouvement pour la Paix en 1948. 

Puis, pendant 22 ans, les Aubrac vont vivre à l'étranger, façon pour eux de prendre leurs distances avec le PC. Ils vivront ainsi au Maroc, à Rome et à New-York.

En 1976, tous deux à la retraite, le couple revient s'installer à Paris. Lucie Aubrac milite ardemment à la Ligue des droits de l'Homme et entame un travail de mémoire et d'éveil des conscience en rencontrant des élèves dans des écoles à travers toute la France. 

 

En savoir +

Lucie et Raymond Aubrac, cause commune,

article Libération (6 Août 1996)


 

"Le verbe résister doit toujours se conjuguer au présent."

 


A lire



A voir


Lucie de tous les temps, film documentaire de Lucie Perron (2003)