Joséphine Baker

Chanteuse, danseuse et militante américaine, naturalisée française.

© John D. Kisch
© John D. Kisch

Née le 3 juin 1906 à Saint-Louis dans l’état du Missouri, décédée le 12 avril 1975 à Paris, à l’âge de 69 ans.

Chanteuse et résistante.


Joséphine Baker, née Josephine Frida Mac Donald, passe une enfance miséreuse dans le Missouri où, en plus de la pauvreté, elle subit un racisme qu‘elle combattra toute sa vie. Mariée à l’âge de 13 ans à Willie Wells, elle s’enfuie rapidement et réussi à se faire engager comme danseuse dans une troupe itinérante. Elle danse depuis qu’elle est enfant, mais n’a pris aucun cours. De petite troupe en petite troupe, elle gagne New York et trouve des contrats dans différents théâtres de Broadway. Elle affirme son tempérament et son humour, accompagnant ses pas de danse de toutes sortes de grimaces et d’acrobaties. Caroline Dudley-Reagan, qui est en train de monter La Revue Nègre, engage Joséphine et en fait sa vedette. La revue est créée à Paris au Théâtre des Champs Elysées, le 2 octobre 1925, c’est un triomphe. Paris découvre le jazz et Joséphine Baker devient une star du jour au lendemain.

Commence pour elle une vie luxueuse qu’elle considère comme une revanche sur la misère et le racisme. Elle collectionne vêtements, bijoux, amants et procès. N’entendant se faire guider ni sa vie, ni sa conduite par personne, elle a tendance à ne pas respecter ses contrats et à dépenser plus  qu’elle ne gagne. 

 

Meneuse de revue adulée des Années Folles, elle inspire (les surréalistes, la mode, les mœurs) autant qu’elle suscite la jalousie (Mistinguette et Maurice Chevalier). 

 Jusqu’à la Seconde Guerre mondiale, Joséphine Baker se montre sensible au sort des plus démunis, s’impliquant dans différentes actions caritatives, mais elle n’a pas de réelle conscience politique. Le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale marque un vrai tournant dans sa vie et ses engagements. En 1939, elle adhère à la Lica (qui deviendra la Licra en 1979), et dès la déclaration de la guerre, elle rejoint la Croix Rouge pour laquelle elle travaille la journée, tandis qu’elle continue  son existence de meneuse de revue le soir. Profitant de son statut de vedette, qui lui ouvre les portes de presque toutes les ambassades, elle devient agent du contre-espionnage de la France-Libre aux premières heures de la Résistance. Elle est connue pour avoir fait passer une grande quantité d’informations à l’encre sympathique sur ses partitions de musique. 

Le lieutenant Baker se montre particulièrement disciplinée et, avec l’orchestre qu’elle a réuni, suit l’avancée de l’armée de libération jusque dans les situations les plus périlleuses, chantant et dansant pour les soldats et les civil.e.s libéré.e.s. 

En 1946, elle est décorée de la médaille de Résistance avec rosette, puis recevra la Légion d’honneur et la Croix de guerre.

Son engagement après la guerre va se tourner vers la lutte contre la ségrégation raciale. De 1947 à 1951, elle entame une longue série de concerts aux Etats-Unis imposant des musiciens noirs dans l’orchestre et ne se produisant que si les billets sont vendus indistinctement aux noir.e.s et aux blanc.he.s. La tournée est un triomphe, mais Josephine bascule aussi dans des excès partisans qui tendent ses relations avec son pays natal qu’elle va jusqu’à qualifier de « dictature, menant une politique proche de celle du nazisme ». En 1963 et 1964, elle retourne aux Etats-Unis pour soutenir le mouvement des droits civiques. Elle participe à la Marche vers Washington pour le travail et la liberté au cours de laquelle Martin Luther King prononce son fameux discours

I have a dream. Elle est la seule femme a y prendre la parole.

 

La vie amoureuse de Joséphine Baker a été parsemé d’aventures, elle était bisexuelle, et elle s’est mariée six fois. Sa grande douleur intime fut de ne pas pouvoir avoir d’enfant. Avec son cinquième mari Jo Bouillon, elle va se lancer dans ce qui sera à la fois son dernier et son plus difficile combat : créer une famille. Ce sera la « Tribu arc-en-ciel ». Dans son domaine de Milandes en Dordogne, le couple Baker-Bouillon adopte douze enfants: Akio et Teruya (Japon), Jari (Finlande), Luis (Colombie), Jean-Claude, Moïse et Noël (France), Brian et Marianne (Algérie), Koffi (Côte d’Ivoire), Mara (Venezuela) et Stellina (Maroc). Joséphine Baker rêve de fraternité universelle, mais son domaine lui coûte très cher, elle n’est pas bonne gestionnaire et les dettes s’accumulent jusqu’à faire péricliter et son couple et le projet de Milandes (vendu en1969). 

 

Les années soixante-dix sont très difficiles. Accablée de problèmes d’argent et de santé, elle ne cesse de déménager, hébergée à l’hôtel, puis finalement à Monaco où la princesse Grace l’accueille et lui prête l’argent pour acheter une villa à Roquebrune. Elle fait plusieurs come-back remarqués sur scène à Paris, Londres, Belgrade et New-York sans parvenir à étancher ses dettes. Elle meurt d’une hémorragie cérébrale, le 12 avril 1975, le lendemain de la première acclamée du spectacle Joséphine à Bobino qui retrace sa vie. Ses funérailles nationales sont retransmises à la télévision. On rend hommage tout à la fois à la résistante, la chanteuse, la scandaleuse, la militante des droits de l’homme et la femme libre. 

En savoir +

© Paul Colin
© Paul Colin

A lire

Joséphine Baker de Catel et Boquet, éditions Casterman

Josephine Baker contre Hitler, la star noire de la France Libre de Charles Onana, éditions Duboiris (2006) 

La Folie Josephine de Ean Wood, éditions Le serpent à plume (2001)