Louise Abbéma

Peintre et sculptrice française

Photo © agence de presse Meurisse 1914
Photo © agence de presse Meurisse 1914

Née le 30 octobre 1853 à Etampes, morte le 10 juillet 1927 à Paris, à l'âge de 74 ans.

Légion d'honneur décernée en 1906.
Légion d'honneur décernée en 1906.

Louise Catherine Léonie Abbéma est née le 30 octobre1853 à Etampes où son père, le vicomte Emile Abbéma, était chef de gare. La famille Abbéma résidait Place de l’Embarcadère jusqu'en 1861 avant de partir pour l'Italie, successivement à Bologne, Rimini et Ancône, Emile Abbéma travaillant alors pour la compagnie des chemins de fer italiens. En 1867, les Abbéma reviennent en France et s'installent à Paris, au 47 rue Lafitte, où l'artiste aménagera son atelier. Louise Abbéma a appris en Italie les rudiments de la peinture, mais c'est en France qu'elle connaît une véritable formation au dessin auprès du peintre d'Histoire Louis Devédeux, un ami de la famille. Ses parents n'ont en rien freiné la vocation de leur fille, bien au contraire, ils l'ont encouragée malgré la difficulté pour une femme de se faire un nom dans un milieu dominé par les hommes. Sa formation s’arrête pendant la guerre de 1870, son maître ayant quitté Paris. Louise Abbéma poursuit alors seule son apprentissage jusqu'en 1873 où elle entre dans l'atelier de Charles Chaplin. Pourtant, la jeune femme n'y reste que peu de temps et préfère rejoindre les ateliers de Carolus-Duran et de Jean-Jacques Henner qui enseignaient au 58 - 60, rue Notre-Dame-des-Champs, ainsi qu'au 81, boulevard du Montparnasse, à Paris. Là encore, Louise Abbéma ne s'attarde pas à parfaire sa formation artistique puisqu’en 1874, après que Carolus-Duran l'a fait admettre au Salon, elle décide de s’émanciper de la tutelle des hommes pour continuer la peinture.

 

Au Salon de 1874, Louise Abbéma expose un portrait de sa mère, Henriette, qui est déjà salué par Paul Mantz, critique d’art et membre du Conseil supérieur des beaux-arts, qui a suivi de près la carrière de l'artiste dans la revue Le Temps. Fidèle à sa vocation, Louise Abbéma a exposé chaque année au Salon comme pour légitimer sa carrière de peintre. En témoigne sa devise « Je veux ». Bien plus qu’une mode, afficher pareil mot d’ordre avait pour but de revendiquer sa différence et son originalité par une formule dont le sens caché intrigue ceux qui cherchent à le déchiffrer.

 

En 1876, Louise Abbéma expose au Salon l’oeuvre qui va lui ouvrir les portes de la célébrité, un portrait de Sarah Bernhardt. Peinture aujourd’hui disparue, ce tableau allait de pair avec l'autre portrait de l'actrice peint par Georges Clairin conservé au musée du Petit Palais à Paris. Si le tableau de Georges Clairin montrait l'actrice dans son intimité, celui de Louise Abbéma, dont le souvenir nous est gardé par un lavis conservé au Musée d'Etampes, révélait l'élégance féminine du modèle. En fait en 1875, Sarah Bernhardt, qui occupait le centre de l'univers artistique parisien, voulait promouvoir son image à travers la main de jeunes artistes. L'actrice avait élu Louise Abbéma et Georges Clairin pour réaliser ses portraits officiels. Devenus amis intimes, ils créaient la « Société du Doigt dans l’OEil », une société d’autosatisfaction et d’« admiration mutuelle » dont la devise est « Modeste pour autrui mais pour nous même orgueil. C’est la devise du Doigt dans l’OEil. » Un poème de six quatrains écrit par Raoul de

Najac complète ces mots. Bien que menée par Sarah Bernhardt, cette « société » était pour ces artistes un moyen de se différencier par une attitude aussi provocatrice qu'ironique contre une société formelle et moralisatrice, quitte à être ridicules. Faire partie du cercle de Sarah Bernhardt a permis à Louise Abbéma d’acquérir une certaine notoriété. Grâce à cette relation privilégiée, elle a pu cotoyer l'univers de la Comédie-Française et ainsi nouer d’autres amitiés avec les actrices les plus célèbres de la fin du XIXe siècle telles que Suzanne Reichenberg, Blanche Baretta ou Jeanne Samary dont elle a réalisé les portraits tant en costume de scène qu'en tenue d'élégante. Au monde du théâtre se mêlait généralement la bourgeoisie mondaine et parisienne qui complétait le carnet de commanditaires de Louise Abbéma. Ses portraits d'élégantes retranscrivent l'image de ces femmes dans toute leur réalité sociale marquée par la modernité de la fin du siècle à travers le genre du portrait en buste ou en pied. Conformément à ses principes, Louise Abbéma s'est attachée à s'intégrer parmi ces peintres dont le bon goût mondain faisait leur réputation au Salon. La célébrité de Louise Abbéma était telle que même les critiques d'art les plus influents, parmi lesquels Edmond Duranty ou Jorys-Karl Huysmans, avaient su remarquer l'originalité de l'artiste. De même, Séverine, écrivaine et journaliste libertaire et féministe, n'hésitait pas à mentionner le nom de Louise Abbéma en matière de réussite des femmes dans un milieu d'hommes. D'autre part, c'est à Séverine que l'on doit la comparaison de Louise Abbéma à un « abbé janséniste affublé de cotillons » en raison de l’apparence masculine et sévère que l'artiste voulait donner d’elle alors qu'en société, le Tout-Paris la connaissait pour sa bonne humeur et sa coquetterie.

 

En 1906, Louise Abbéma devient la seconde femme peintre, après Rosa Bonheur en 1865, à recevoir la prestigieuse distinction de Chevalier dans l’ordre de la Légion d’honneur au regard de sa carrière prolifique. Même si son oeuvre ne connaît pas la postérité digne de cette distinction, Louise Abbéma a réussi à mener la carrière de peintre officielle qu'elle avait cherchée, une carrière illustrée par l’image émancipée de la femme dont le statut s'imposait de façon grandissante.

 

 

Article de Thomas Crosnier

Chargé des collections au Musée intercommunal d'Etampes

 

CROSNIER Thomas est l'auteur de « Louise Abbéma (1853-1927), femme et peintre », Mémoire d'étude soutenu à l'Ecole du Louvre sous la direction de Catherine Chevillot et de Dominique Lobstein, 2011, 2 Vol., 134 p.

 


En savoir +

1. Portrait de Sarah Bernhardt (huile sur toile,1875) 2. Un Jeu de Croquet (huile sur toile,1872) © Collection particulière Tremaine Arkley 3. Déjeuner dans la Serre (huile sur toile, 1877) © Musée des Beaux de Pau 4. Portrait de Jeanne Samary (huille sur toile, 1879) © Musée Carnavalet, Paris 5. Allégorie de l'Hiver (huile sur toile, entre 1902 et 1906) © Musée d'Orsay, Paris 6. La Sorcière, affiche pour le théâtre Sarah Bernhardt (chromolitographie, 1903) © Musée d'Orsay, Paris        7. Fillette au ruban bleu (vers 1897) ©  National Museum of Women in the Arts, Washington, D.C. 8. Portrait peut-être de Sarah Bernhardt (1875) © Collection particulière

Le papier à lettres de Louise Abbéma orné de la couronne vicomtale de la famille Abéma et de sa devise personnelle "Je veux ".

Autoportrait - vers 1880 - huile sur toile -

Musée intercommunal d'Etampes

1. Buste de Louise Abbéma sculpté par Sarah Bernhardt © Musée d'Orsay, Paris 2. Sarah Bernhardt dans son atelier